Cet article est la ré-édition d’un article que j’avais publié dans le web-magazine “Celimag” qui n’existe plus aujourd’hui… 

Scott Jurek & Arnulfo Quimare, indien Tarahumara

En Belgique, comme dans beaucoup de pays, de très nombreuses courses à pied sont organisées. Si vous le souhaitez, vous pouvez certainement tous les week-ends participer à un 10 ou un 20 km, un marathon, un trail ou un ultra-marathon. Nombreux sont ceux qui, chaque année, aimeraient participer à ces courses, pour se lancer des défis personnels, entre amis ou collègues, ou pour se donner des objectifs dans le cadre d’une reprise en main de leur condition physique par le jogging.

Pourtant, beaucoup n’osent pas s’inscrire, pensant ne pas être assez préparés (quel qu’ait été leur préparation), et reportent à l’année suivante. La distance fait peur : serais-je capable de courir une à deux heures ? Et si je me blesse ? Et si je dois abandonner au milieu ? La peur de se lancer dans une épreuve si longue l’emporte souvent sur la motivation…

Et pourtant : dites-vous bien que vous en êtes certainement capable. Votre corps est capable de courir de telles distances. Plus encore : il semblerait bien que vous êtes né pour courir ! Pas vous uniquement : « Nous », êtres humains. Des recherches récentes sur notre évolution montrent en effet que ce qui nous distingue le plus des autres espèces animales est notre capacité à courir sur de longues distances !

Attention, cela ne veut pas dire que n’importe qui peut se lancer dans un marathon sans préparation. Même si notre corps est tout à fait adapté à la course à pied, on ne passe pas du jour au lendemain de 0 à 42,5 km de course ! Une préparation est nécessaire…

Cela veut simplement dire que vous pouvez DE-STRESSER: votre corps est tout à fait adapté à la course à pied, c’est peut-être même à cela qu’il est le plus adapté. D’où tous les effets bénéfiques de la course : diminution des risques de problèmes cardiaques, d’hypertension, de diabète, etc.

Voyez plutôt : des chercheurs de l’Université d’Utah ont distingué près de 30 caractéristiques de notre corps qui font de nous d’excellents coureurs sur longue distance. Parmi celles-ci, tout un ensemble concerne notre morphologie : position de la tête et des bras, une taille assez mince (voyez par vous-même, lorsqu’on court le buste et les hanches « se tordent » dans des sens opposés, mais la tête reste dans l’axe), etc. De plus, la nature et la forme très spécifique de nos tendons au niveau des jambes nous permettent d’économiser 50% d’énergie quand on court (alors qu’ils n’apportent rien de spécial pour la marche).

Notre voûte plantaire nous permet par ailleurs d’amortir les chocs dus au contact du pied avec le sol. Léonard de Vinci disait même de notre pied qu’il était un chef-d’œuvre d’art et d’ingénierie !

Enfin, nous sommes les seuls mammifères à éliminer la plus grande partie de notre chaleur par la transpiration. Cela signifie que, contrairement aux autres animaux qui éliminent leur chaleur corporelle par la respiration, nous pouvons à la fois réguler notre température et nous oxygéner. Cela semble simple, mais nos millions de glandes sudoripares et notre peau sans poils font de nous la technologie de refroidissement par l’air la plus sophistiquée que l’évolution ait mis sur le marché !

Tout cela fait que notre vitesse d’endurance est exceptionnelle, comparée aux autres primates. Aucun autre primate n’est d’ailleurs capable de courir en endurance. A poids égal, un humain pourrait d’ailleurs dépasser un cheval sur une longue distance, puisque ce dernier ne pourrait pas courir aussi longtemps à une allure soutenue.

Des dizaines de milliers de personnes participent chaque année, en Belgique, à des semi-marathons, des marathons ou des courses plus longues encore. De telles distances sont inconnues pour les autres primates et comparables à ce que parcourent chaque jour des animaux sauvages comme les loups (14 km) ou les hyènes (19 km).

Mieux encore : sur de très longues distances (marathon et au-delà), nous sommes tous égaux ! Hommes et femmes ont les mêmes capacités. Et des recherches ont montré que si on commence à courir sérieusement à 19 ans, on atteint son meilleur niveau à 27 ans. Puis, les capacités diminuent avec l’âge, lentement… très lentement ! On retrouve le niveau qu’on avait à 19 ans à… 65 ans ! Y a-t-il un autre sport où un athlète de 65 ans peut être en compétition avec un athlète de 19 ans ?

La course à pied est donc intimement liée à notre évolution. Plusieurs des caractéristiques de notre corps citées plus haut ne s’expliquent pas par le fait que nous marchions, mais bien par le fait que nous sommes capables de courir sur de longues distances.

Mais pourquoi, au cours de notre évolution, avons-nous donc couru sur de longues distances ? Une des hypothèses est celle de la chasse « persistante » ou « par persévérance » (persistent hunting). Avant l’invention des premiers armes permettant de projeter des objets, nos ancêtres poursuivaient peut-être leur proie avec persévérance, jusqu’à ce que celle-ci, moins capable que nous d’endurance, soit trop épuisée pour s’enfuir à nouveau. Un cerf va beaucoup plus vite que nous au sprint, mais nous sommes plus rapide qu’un cerf sur une longue distance. Il sera en manque d’oxygène alors que nous ne serons pas encore essoufflés. C’est une hypothèse.

Mais alors, pourquoi y a-t-il autant de gens qui se blessent à force de courir ? Essentiellement parce que nous n’utilisons pas efficacement cette merveilleuse technologie qu’est notre corps en matière de course à pied. Premier responsable : nos chaussures ! Pour faire simple, plus on rajoute de l’amorti dans nos semelles, plus on court mal. Comme on ne sent plus comment notre pied doit se poser sur le sol, on le pose n’importe comment, en frappant d’abord le talon par terre. Une étude récente montrait qu’il n’y avait aucune preuve scientifique – AUCUNE – que des chaussures de sport avec de l’amorti permettaient de diminuer les blessures dues à la course. D’autres études vont même plus loin et montrent que depuis les années 70 et l’apparition des chaussures de course modernes, le nombre de blessures (genoux, chevilles, etc.) n’ont fait qu’augmenter ! Une étude de 1976 montrait également que la plupart des problèmes de pied (pieds plats, voûte plantaire affaissée, déformation des orteils, etc.) n’existaient pas dans les pays où la plupart des gens marchaient pieds nus.


Beaucoup de coureurs abandonnent d’ailleurs les chaussures présentant trop d’amorti pour aller vers des chaussures plus minimalistes (comme les INOV-8, les Nike Waffle, etc.) ou carrément vers la course pieds nus (ou presque, avec les Vibram Five Fingers).

Five-On, partenaire de SportisEverywhere.com pour les chaussures minimalistes

Personnellement, j’ai très sensiblement amélioré ma course en courant progressivement pieds nus : d’abord sur de petites distances, dans l’herbe, puis sur des distances plus longues et des sols plus accidentés. Sans aller jusqu’à faire les 20 km de Bruxelles pieds nus, ça permet de prendre conscience de la manière dont le pied doit se poser sur le sol (idéalement ce sont les petits coussinets à la base des orteils qui doivent toucher le sol en premier, et il faut garder les pieds le plus possible sous le corps, comme font les petits enfants, mais aussi les… Kenyans !).

Alors, vous pensez encore que vous ne serez pas capable de courir sur une longue distance ? La course à pied est comme un « Super Pouvoir » que tout être humain possède. Utilisez-le ! Nous sommes tous « born to run » !

Quelques liens :