Réponse à un article paru dans le mensuel “Equilibre”, n°49, octobre 2010.

Gaëlle Daneels publiait en octobre 2010 un article sur le CrossFit, dont le surtitre « Encore une nouvelle méthode de fitness » laissait présager du contenu.

J’aurais voulu répondre aux deux questions principales que pose l’article.

1. LE CROSSFIT EST-IL ADAPTE AUX PERSONNES PEU SPORTIVES ?

Voilà déjà une question étrange : se demander si une activité sportive convient aux personnes peu sportives. Forcément, il est plus facile de débuter en CrossFit lorsqu’on est déjà sportif, et qu’on a une bonne condition physique préalable. Il en est de même pour tout sport. Néanmoins, la spécificité du CrossFit est de proposer des mouvements et exercices qui se retrouvent, bien qu’à des degrés divers, dans la vie quotidienne de tout le monde. Comme le souligne l’auteure de l’article, c’est bien ce que nous appelons des mouvements « fonctionnels », que l’on pourrait traduire par « utiles ». Nous avons effectivement tous à nous lever (depuis une position assise ou couchée), à nous déplacer dans l’espace, à porter des charges (sacs, valises, matériaux de construction,… enfants ?), à pousser, tirer et déplacer des objets. Ce sont des mouvements que nous faisons quotidiennement, mais que pratiquent également l’haltérophile ou le gymnaste. C’est pourquoi nous entraînons tout le monde avec des mouvements d’haltérophilie ou de gymnastique. Les premiers apprenant à mouvoir une charge, les seconds à se mouvoir dans l’espace.

Il y a quelques jours, j’ai expliqué à une dame d’un certain âge comment se tenir lorsqu’elle passait l’aspirateur, parce que c’était quelque chose qui lui faisait habituellement mal au dos. La position est la même que celle que les haltérophiles prennent pour réceptionner une charge en « split jerk » ou « fente avant ». Cette dame venait de soulever 23 kgs et en était particulièrement fière. Dans le même groupe, un jeune homme venait de soulever 140 kgs et en était tout aussi fier.

L’essentiel est de comprendre que chacun commence à son niveau, pour exécuter ces mouvements communs à tous.

L’intensité avec laquelle les pratiquants exécutent les exercices est donc propre à chacun. Nous parlons d’ « intensité relative ». C’est l’intensité qui va permettre les progrès, mais c’est chacun à son intensité, à son rythme. En ce sens, tout le monde progressera, quelle que soit l’intensité de départ. La différence avec les salles fitness conventionnelles, c’est que dans celles-ci, l’intensité n’est pas demandée. La filière énergétique anaérobique n’est pas stimulée et on passe à côté de nombreuses réactions neuroendocriniennes recherchées.

Tout cela fait que nous entraînons des mères de famille, et même des grands-mères de famille, qui trouvent dans le CrossFit une manière de reprendre en main leurs capacités physiques. En CrossFit, l’aspect esthétique n’a aucune importance, seules les capacités comptent. Gagner de l’amplitude de mouvement au niveau des hanches, et de la force dans les jambes, c’est préserver son dos à chaque fois que, dans la vie quotidienne, on doit s’abaisser pour chercher quelque chose au sol, porter un objet, ou même simplement se relever depuis une position assise.

Oui, le CrossFit est donc autant adapté à monsieur-et-madame-tout-le-monde qu’aux athlètes de haut niveau.

2. LE CROSSFIT EST-IL UNE SECTE ?

L’auteure de l’article a raison : l’intensité du workout laisse « peu de place à la discussion ».  On ne va pas à la salle CrossFit comme on va dans une salle conventionnelle, où on peut faire 10 répétitions de développé couché, puis discuter un peu avec sa voisine, puis faire un peu de vélo en bavardant encore un peu, etc. Mais a priori, il est tout autant difficile de bavarder durant un match de foot, cela n’empêche que le football crée des liens de sociabilité forts. En témoignent les « troisièmes mi-temps » dans le moindre petit club provincial. Le CrossFit crée également des liens de sociabilité solides. Est-ce le fait d’avoir sués et peinés ensemble ? Est-ce le fait de faire les mêmes exercices ? Est-ce le fait de pratiquer en groupe ? Tous ces éléments participent probablement des liens sociaux qui se créent entre les participants d’une même salle CrossFit. Et toute personne qui a fréquenté des salles conventionnelles et des salles CrossFit vous dira que ces liens sont bien plus forts dans une salle CrossFit.

Cette sociabilité peut-elle dériver vers une dimension sectaire ? L’auteure se focalise sur le site internet CrossFit.com qui « propose » (« dicte » selon l’auteure ! Le choix des mots…) chaque jour un entraînement spécifique. En réalité, la plupart des membres des salles CrossFit ne se préoccupent pas du site CrossFit.com. C’est davantage pour les coaches ou les mordus de CrossFit. L’organisation n’est pas non plus « hiérarchique ». Au contraire, le CrossFit s’est voulu comme une pratique en « open source » et « décentralisée ». Toutes les ressources sont accessibles gratuitement sur internet : entraînements, explication des mouvements et exercices, etc. Et chaque salle est invitée à participer à cette mise en commun des ressources via leur site internet.

Et pourquoi cette focalisation sur l’alimentation ? Le CrossFit est une pratique globale, de reprise en main de sa condition physique et de sa santé. Et l’alimentation est un aspect fondamental de la santé ou de la condition physique. La définition du CrossFit par son inventeur, Greg Glassman, commence d’ailleurs par une phrase sur l’alimentation. Ce n’est pas quelque chose « en plus » que proposent les salles CrossFit, ça en fait partie.

Cela est illustré par cette pyramide.

A la base : l’alimentation, comme fondement de toute la pratique sportive suivante.

Cela témoigne-t-il d’une volonté d’emprise du « CrossFit » sur les participants ? Au contraire, ce que développe le CrossFit, c’est la capacité de reprise en main de sa condition physique et de sa santé par les participants. C’est pourquoi le CrossFit permet de nombreux ponts avec les théories sur l’ « empowerment », la reprise en main de son avenir et de ses capacités d’auto-réalisation.

EN CONCLUSION

C’est intéressant qu’un magazine de qualité, comme « Equilibre », centré sur la santé et le bien-être, informe sur le CrossFit. Il est dommage que l’article passe à côté de ce qui constitue l’essentiel du CrossFit : la reprise en main de son physique (au niveau santé, capacités et apparence) par tout le monde, et les conséquences positives de cette reprise en main sur l’estime de soi et la confiance en soi. Parce que ce que nous voyons au jour le jour dans les salles CrossFit, c’est des pratiquants fiers de ce qu’ils sont capables de réaliser avec leur corps. Cette fierté est parfois nouvelle pour eux. Ils se perçoivent différemment. Se sentent mieux. Et gagnent en confiance…